2/12/2021

Qu'est-ce qu’une assurance DeFi ?

Les utilisateurs de la DeFi explorent des domaines passionnants mais non testés de la Crypto, et la nature des contrats intelligents et des protocoles décentralisés les rend vulnérables à des détournements entraînant parfois des pertes importantes pour les utilisateurs concernés. Il s'agit notamment de “flash loan hacks” qui exploitent les failles des contrats intelligents régissant les protocoles, permettant ainsi à des acteurs de soutirer des millions de dollars à des pools de liquidité. 

Les utilisateurs seront donc sans doute rassurés par le fait qu'ils peuvent désormais s'assurer contre ce type de pertes. Le nombre de fournisseurs offrant une assurance DeFi est en augmentation, le plus grand d’entre eux - Nexus Mutual - se vantant déjà d'un marché de plus de 300 millions de dollars (selon CoinGecko), bien qu'il n’ait été lancé qu’en juillet 2020. Pendant ce temps, ses principaux concurrents Etherisc et Cover Protocol ont une capitalisation boursière d'environ 60 millions de dollars à eux deux.

Comment fonctionne une assurance DeFi 

Tout comme une assurance dans le monde financier traditionnel, une assurance DeFi vise à protéger les utilisateurs en échange d'une prime basée sur le montant de leurs actifs et les plateformes sur lesquelles ils les détiennent. Alors qu'une police d'assurance traditionnelle peut être émise et souscrite par un assureur multinational, une police d'assurance DeFi repose plutôt sur sa communauté d'utilisateurs pour déterminer les primes et orchestrer les paiements. 

Les principaux acteurs d'un protocole d'assurance DeFi sont les souscripteurs qui fournissent des capitaux aux pools pour chaque protocole individuel couvert et qui prennent une part des primes, les évaluateurs de sinistres, les détenteurs de tokens de gouvernance qui votent sur les sinistres et les modifications du protocole, et les demandeurs, ou ceux qui achètent les primes d'assurance. Selon le protocole, cela peut être une activité assez lucrative grâce au flux de revenus réguliers provenant des primes, tandis que les récompenses sous forme du tokens de gouvernance augmentent également considérablement le volume du trafic.

La prime justifie-t-elle la couverture ? 

Pour les utilisateurs ou les demandeurs de protocoles d'assurance DeFi, les avantages sont clairs : en échange d'une prime, ils sont en mesure de protéger la valeur de leurs biens numériques contre des détournements de contrats intelligents. Comme on peut s'y attendre, plus le protocole est risqué, plus vous payez. Sur Nexus Mutual, par exemple, il en coûte 0,1281 Éther (ETH) pour assurer 10 ETH sur le protocole Curve Finance pendant une période de 180 jours, alors que le même niveau de couverture pour la même participation sur Acropolis Delphi est assorti d'une prime de 2,18 ETH.

Si certains y voient un juste prix à payer - au moins en ce qui concerne les protocoles les plus courants - d'autres s'interrogent sur la valeur de la couverture que les demandeurs reçoivent par l'intermédiaire des assureurs DeFi. La plupart d'entre eux ne paient que pour les problèmes techniques liés aux contrats intelligents, et ce uniquement à titre discrétionnaire. En général, les protocoles d'assurance ne couvrent pas les nombreux problèmes qui pourraient survenir dans les différentes couches d’un protocole, tandis que l'absence d'un marché secondaire limite la capacité des protocoles d'assurance à s'adapter.

KYC ou non ?

En outre, il existe un certain conflit inhérent au fonctionnement de certains assureurs DeFi, qui exigent des informations KYC (Know Your Customer) avant de fournir une couverture. Comme tout utilisateur de la DeFi le sait, bien que l'écosystème ne soit pas entièrement dépourvu de KYC, sa raison d'être est la décentralisation. Fondamentalement, il a été conçu à l'origine comme un lieu où les cryptomonnaies pourraient fonctionner indépendamment de la finance traditionnelle, comme l'avaient envisagé les premiers pionniers de la Crypto.

Nsure.Network tente de se positionner pour concurrencer Nexus Mutual, avec un modèle entièrement sans permission (c'est-à-dire sans KYC) basé sur une approche à la Lloyds de Londres. Plutôt que d'être basées sur les flux des souscripteurs ou de ceux qui participent aux pools d'assurance, les primes de Nsure sont déterminées par un "modèle de tarification dynamique" basé sur “l'extraction de capital", dans lequel la tarification est déterminée par l'offre de capital en temps réel ainsi que la demande de couverture d'assurance pour les produits. Nsure affirme que ce modèle garantit que "les sinistres valables seront toujours couverts, et que les risques systématiques restent sous contrôle".

D'autres solutions d'assurance DeFi 

Comme nous l'avons précédemment souligné, Etherisc talonne également Nexus Mutual, bien qu'avec un produit très différent : un outil flexible, là encore sans permission, qui permet aux utilisateurs de créer leurs propres produits d'assurance pour une grande variété de scénarios. Cela inclut l'assurance de portefeuilles et la protection de garanties de prêts, ainsi que la couverture de situations telles que les retards de vols et les ouragans.

Union Finance est un autre nouveau protocole intéressant proposant un modèle à plusieurs tokens qui, selon lui, évitera le genre de problèmes auxquels Nexus a dû faire face lorsque le prix de son token NXM s'est effondré en septembre. Union Finance sera également sans permission, et prétend pouvoir couvrir les utilisateurs au-delà du simple échec de contrat intelligent. 

L'absence d'un marché secondaire est également quelque peu compensée par la vente de tokens non fongibles (NFT) sur les marchés où les contrats d'assurance NFT peuvent être négociés. En effet, les problèmes de Nexus ont été exacerbés par le fait que les utilisateurs de yInsurance, de yearn.finance, ont pu créer une assurance sans KYC souscrite auprès de Nexus Mutual en utilisant une forme de NXM (wNXM) et un NFT négociable sur Rarible. Un protocole appelé "Safe" a ensuite permis aux utilisateurs de faire fonctionner des tokens SAFE en utilisant du yNFT (de yInsurance) et du wNXM. Le prix du NXM a ainsi connu une hausse importante, car le wNXM y est lié. Cependant, l'APY pour SAFE n'était pas compétitif et les utilisateurs ont donc cessé de l’exploiter avec du wNXM, ce qui a provoqué un effet de dominos pour le NXM, le wNXM et le SAFE, qui a été remplacé par COVER.

Qui assure les assureurs ? 

Ainsi, si de nouvelles solutions sont constamment trouvées, le marché n'est pas sans risque. Outre le type de scénario qui s'est produit chez Nexus Mutual, les protocoles eux-mêmes sont vulnérables au piratage. Cover Protocol (anciennement Safe) a déjà été détourné ; en décembre 2020, un hacker a exploité un bug dans un contrat intelligent pour soutirer 3,62 millions de dollars de tokens COVER du protocole. L'ironie d'un assureur qui couvre les utilisateurs contre les bugs des contrats intelligents lui-même piraté en raison d'un bug dans son contrat intelligent n'échappe à personne, pas plus que le fait que Binance - que Cover assure - ait indemnisé ses utilisateurs à hauteur de 10 millions de dollars pour la valeur de leur token COVER perdue à cause de l’attaque.

L'assurance DeFi n'est donc pas parfaite. Elle n'en reste pas moins l'une des utilisations les plus intéressantes et les plus innovantes du modèle DeFi à ce jour. Si les projets décentralisés s'avéraient capables de fournir des produits et des marchés d'assurance sûrs et évolutifs, la sécurité qu’ils apporteraient pourrait conduire à une adoption accélérée de la DeFi. De plus, ces assurances pourraient peut-être fournir un modèle qui rivaliserait même avec les marchés de la finance traditionnelle.

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