Qu'est-ce qu'un token de gouvernance ?

Un token de gouvernance donne à ses détenteurs un droit de vote sur les modifications apportées aux contrats intelligents des protocoles qui les émettent. Certains détenteurs de tokens de gouvernance perçoivent également des dividendes sur les frais de protocole, les frais de trading, ou autres, notamment ceux émis par les échanges décentralisés (DEXs) comme Uniswap pour les dépôts dans ses pools de liquidité.

Cependant, comme l'ont régulièrement déclaré leurs émetteurs, les tokens de gouvernance n'ont pas de valeur intrinsèque. Néanmoins, ils restent très attrayants pour de nombreux utilisateurs, ce qui a entraîné une forte hausse du prix d'un certain nombre de ces tokens. C'est notamment le cas de YFI, le token de gouvernance de yearn.finance, qui est passé de 790 dollars à son lancement en juillet 2020 à près de 25 000 dollars six mois plus tard, soit une capitalisation boursière de 740 millions de dollars. 

Une fonction importante de la DeFi

Pour beaucoup de personnes dans la Crypto, un token de gouvernance est une fonctionnalité clef d'un protocole permettant à la décentralisation de fonctionner. Un bon exemple serait Maker DAO, émetteur du stablecoin DAI, qui en mars 2020 a finalisé sa transition vers une gouvernance entièrement communautaire.

Dans le sillage du COVID-19, les valeurs des cryptomonnaies ont plongé, envoyant des ondes de choc à travers l'écosystème DeFi, et provoquant la liquidation automatique de nombreux coffres. Pour le DAI, cependant, ce fut un problème notable, car cette chute a fait tomber sa valeur en dessous de la parité avec le dollar américain : sa raison d'être.

En conséquence, la communauté de Maker a demandé l'introduction d'un processus de vote lié au token du protocole, MKR, qui permet d'effectuer des modifications du contrat intelligent qui le régit. Cela comprend les niveaux de garanties requises, les frais de stabilité pour l'ouverture des coffres de Maker, et, plus récemment, le plafond de la dette de l'ETH. Toutes ces mesures contribuent à maintenir la stabilité du prix et de la circulation du DAI.

La DeFi, ou la démocratie en action

Si ces objectifs auraient pu être atteints sans l’intervention des utilisateurs de Maker DAO, cette approche est conforme à l’objectif de décentralisation de la finance de la communauté. Les principes de la DeFi sont en effet axés sur la démocratie financière : la possibilité pour tous les utilisateurs de participer à un système monétaire qui fonctionne selon les décisions de la majorité.

Outre Maker, d'autres succès méritent d’être mentionnés, comme le protocole de liquidité pour produits dérivés Synthetix, avec une capitalisation boursière d'un montant de 619 millions de dollars, et qui a lancé cette année trois DAOs qui géreront chacune une partie distincte du protocole. Bien qu’elles soient contrôlées par des groupes de développeurs, cela reste une indication de la direction que prend la DeFi. 

Le token de gouvernance d'Uniswap a également permis à ses utilisateurs de voter pour savoir si l'extraction de liquidité se poursuivrait sur la plateforme, tandis qu'une majorité de détenteurs de tokens de Curve Finance ont décidé de se distribuer près de 3 millions de dollars d’intérêts accumulés. Pour certains, cela mène vers un avenir où nous pourrions même voir des organisations hors de la DeFi gouvernées entièrement sur la base de la propriété de tokens.

D'où vient leur valeur ?

Une partie de la réponse à cette question réside dans l'interaction entre l'extraction de liquidité, le prêt, et le staking. Compound, par exemple, est considéré comme un pionnier de la gouvernance car il récompense les utilisateurs avec du COMP, ce qui les encourage à prêter et à emprunter afin d’obtenir plus de tokens et de se protéger efficacement contre tout défaut de paiement. De cette manière, le COMP crée sa propre demande.

Et puis, bien sûr, il y a la bonne vieille spéculation ; l'intérêt pour les tokens de gouvernance étant aussi motivé par l'espoir que ces tokens et les protocoles qui les émettent prendront en valeur. La décentralisation est la tendance la plus en vogue dans la finance en ce moment, et les gens souhaitent pouvoir influencer la façon dont ces projets sont gérés, et potentiellement en tirer profit. 

La gouvernance est-elle trop centralisée ? 

Si la gouvernance est l'une des nombreuses solutions attrayantes qu'offre la DeFi par rapport au monde fermé de la finance traditionnelle, elle n'est pas sans poser de problèmes. Parmi ceux-ci figurent les protocoles avec de nombreux tokens pré-minés, généralement détenus par leurs fondateurs. Près de 50% des tokens COMP, par exemple, ont été distribués à son équipe et à ses actionnaires, ce qui donne à ce groupe une énorme influence sur le fonctionnement du protocole et de ses pools de liquidité.

Lorsqu'une partie importante de la réserve totale d'un token revient à ses fondateurs, la gouvernance est effectivement centralisée, ce qui est contraire à l'objectif de la DeFi. De plus, le fonctionnement du protocole peut également être mis en péril lorsque les fondateurs vendent subitement une grande partie de leurs tokens. Chef Nomi, par exemple, créateur de SushiSwap, a vendu pour environ 14 millions de dollars de tokens SUSHI en septembre dernier, ce qui a provoqué une chute de la valeur du token ainsi qu'une perte de confiance majeure. Chef Nomi a finalement restitué les fonds, mais cela a causé un préjudice considérable à l'image de SushiSwap.

Avec le temps et l'augmentation du pouvoir de gouvernance de ces tokens (comme l'espèrent les spéculateurs), ils peuvent également devenir vulnérables aux "OPA hostiles", où un ou plusieurs investisseurs achètent d'énormes quantités de tokens afin d'influencer l'orientation des projets. L'effet de cette situation est bien documenté dans la finance traditionnelle, où des fonds spéculatifs agressifs se disputent généralement le contrôle d'une entreprise ou d'un fonds, puis gonflent ses opérations avant de drainer les profits et de disparaître.

L'évolution de la gouvernance

Ces problèmes ont trouvé une réponse dans certains projets et plateformes DeFi qui cherchent des solutions pour limiter les impacts négatifs de ce mécanisme. Dans le cas d'un grand nombre de tokens, par exemple, Aave a mis en place un "module de sécurité" où les utilisateurs peuvent les verrouiller contre des récompenses, afin de pouvoir y recourir en cas de déficit de liquidité.

De plus, lorsque les protocoles évoluent et nécessitent de nouveaux développements, il est courant que les fondateurs vendent leurs parts afin de financer ce travail, réduisant progressivement leur mainmise sur ces projets. La vente de ces parts augmente en fin de compte la valeur des tokens ainsi que celle du protocole, ce qui signifie que leurs intérêts sont fortement alignés sur ceux de tous les utilisateurs et les détenteurs de tokens de gouvernance.

La question de leur valeur est également importante, beaucoup se demandant comment des tokens comme YFI peuvent conserver des prix aussi élevés dans un écosystème où ces tokens n'ont aucune valeur à proprement parler. Mais le même argument avait été avancé au sujet du Bitcoin, et nous savons tous ce qu’il en est aujourd'hui.

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