2/12/2021

Inflation, cash & cryptomonnaies

Ceux d’entre vous qui connaissent la crypto-sphère sont probablement familiers avec les débats animés au sujet de l'inflation, de l'argent liquide et des cryptomonnaies. Généralement, ces discussions sont en faveur du Bitcoin, beaucoup affirmant qu'en tant que réserve de valeur, la première des cryptomonnaies constitue une solide protection contre la dévaluation du dollar américain due à une impression monétaire effrénée par la réserve fédérale américaine.

Pour bien comprendre ce débat, il est d'abord important de savoir ce qu’est l'inflation et son effet sur l'argent liquide. Représentant l'augmentation constante (le plus souvent) du coût des biens et des services, l'inflation est le mécanisme par lequel l'argent perd de sa valeur au fil du temps. Un gallon (3,8L) de lait, par exemple, coûtait 2,52 dollars aux États-Unis en 1995, mais en 2020, il coûtait 3,54 dollars.

L'inflation est donc un problème pour l'argent liquide en tant que réserve de valeur à long terme. Pour y pallier, les banques ont historiquement offert des taux d'intérêt qui ont égalé ou dépassé celui de l'inflation. Au Royaume-Uni, par exemple, le taux d'intérêt moyen fixé par la Banque d'Angleterre entre 1975 et 2008 était de 9,8 %. Dans le même temps, le taux d'inflation moyen au Royaume-Uni était, lui, de 6,36 %. Aux États-Unis, au cours de la même période, l'inflation a atteint une moyenne de 3,5 % par an, tandis que le taux moyen des fonds de la réserve fédérale était de 6,4 %.

Cela signifie que, sur cette période de 33 ans, les personnes qui ont épargné au Royaume-Uni et aux États-Unis ont pu, en moyenne, protéger la valeur de leur argent de l'inflation, et même la faire fructifier. La situation était à peu près la même en Europe et dans de nombreuses autres régions du monde. Depuis 2008, cependant, cette situation s'est inversée. En effet, pendant la crise financière mondiale de 2008/09, les banques centrales des économies développées - en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni - ont changé de politique afin de maintenir les marchés boursiers à flot, une mesure qui a été considérablement renforcée pour faire face aux retombées économiques de la pandémie mondiale du COVID-19.

L'impression monétaire, ou la mort des taux d'intérêt 

Communément appelé "impression monétaire", l'assouplissement quantitatif est la création de grandes quantités de monnaie au sein d'un système économique par les banques centrales, généralement en rachetant des actifs financiers sur les principaux marchés. Aux États-Unis, la réserve fédérale a "imprimé" plus de 6 000 milliards de dollars depuis septembre 2008, tandis que la Banque d'Angleterre a émis environ 800 milliards de livres sterling, et la Banque Centrale Européenne 5 000 milliards d'euros sur la même période.

La théorie économique derrière l'assouplissement quantitatif est que le nouvel argent qui afflue sur les marchés boursiers encouragerait les entreprises à investir et à se développer, ce qui se répercuterait sur l'économie réelle et créerait des emplois ainsi que de la richesse pour les citoyens ordinaires. Ce phénomène est encouragé par des taux d'intérêt très bas dont les banques centrales espèrent qu'ils inciteront les entreprises à emprunter pour investir, ce qui aurait pour effet de gonfler les bilans des banques. Une fois la situation plus stable, les actifs achetés par les banques centrales pourraient alors être vendus, ce qui permettrait un retour à la normale.

La réalité, cependant, peut être très différente, ce qui précède ne tenant pas compte des effets négatifs de l'impression monétaire. Bien qu'il réduise effectivement l'inflation, l'assouplissement quantitatif et les taux d'intérêt ultra-bas qui l'accompagnent réduisent toujours la valeur de l’argent liquide à un rythme accéléré, en ne donnant aucun moyen de compenser l'inflation. Entre septembre 2008 et décembre 2020, par exemple, le taux d'intérêt moyen n'a été que de 1,6 % au Royaume-Uni et de 0,7 % aux États-Unis, alors que le taux d'inflation moyen a été de 2,7 % et de 1,8 %, respectivement.

Cela signifie que, depuis plus de dix ans, toute personne ayant épargné en espèces aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans de nombreuses autres économies développées, a en fait perdu de l'argent en raison de l’inflation. Dans le même temps, la croissance des salaires a également été freinée : au Royaume-Uni, elle a stagné au cours de cette période, les travailleurs gagnant aujourd'hui 2,4 % de moins qu'en 2007 en valeur ajustée.

La naissance d'un nouveau système monétaire

Tous ces éléments combinés créent une situation plutôt sombre pour les citoyens de la plupart des économies développées, qui avait été en partie prédite par Satoshi Nakamoto, le créateur anonyme du Bitcoin. En 2009, Nakamoto a lancé la toute première blockchain au monde, en intégrant dans le premier bloc un lien vers un article du Times of London annonçant que le chancelier de l'Échiquier britannique avait approuvé un deuxième plan de sauvetage de plusieurs milliards pour les banques, pourtant à l’origine de la crise financière mondiale.

Comme l'explique plus en détail le white paper du Bitcoin, Nakamoto souhaitait créer un système monétaire égalitaire capable de résister à la corruption et à la criminalité qui sévissent fréquemment dans les banques multinationales, et qui ont mis le monde à genoux. Ce noble objectif a donné naissance à la technologie blockchain : un registre immuable et incorruptible de transactions dans une monnaie numérique elle-même détenue, gérée et contrôlée par les utilisateurs.

Depuis 2009, la valeur du Bitcoin est passée de 0 à plus de 55 000 dollars par pièce aujourd'hui, soit une croissance annuelle de plus de 264 %. Cette progression a, bien entendu, largement dépassé le taux d'inflation sur cette même période, ainsi que le taux de croissance de presque tous les autres actifs mondiaux. En effet, en un peu plus d'une décennie, le Bitcoin est passé d'un projet de prédilection de programmeurs informatiques à un actif désormais détenu par certaines des plus grandes banques, gestionnaires de fonds et entreprises du monde - y compris ceux qui l'ont qualifié d'escroquerie pas plus tard qu'en 2018.

La dernière décennie a également vu l'évolution de tout un écosystème de cryptomonnaies grâce en grande partie à la création d'Ethereum, une blockchain entièrement programmable. Ethereum est maintenant l'hôte de la finance décentralisée (DeFi), composée de centaines de plateformes et de protocoles qui réalisent enfin les objectifs du Bitcoin en ouvrant la finance à tous, sans intervention ni manipulation des banques et des gouvernements.

Ni argent liquide, ni banques

Aujourd'hui, l'Éther (le token natif d'Ethereum) ainsi que des milliers d'autres devises battent également l'inflation, offrant des opportunités de création de richesse hors de portée du grand public avec la finance traditionnelle. Cela inclut la possibilité de gagner 20 % de rendement annuel sur les stablecoins, des devises indexées sur des monnaies fiat comme le dollar américain qui ne souffrent donc pas de la fameuse volatilité du Bitcoin et de ses pairs. Ce type d'opportunité n'a pas été vu dans la finance traditionnelle depuis le début des années 1990.

En effet, les bilans des banques centrales ayant atteint des niveaux sans précédent et les taux d'intérêt étant quasiment négatifs, il est peu probable que l'argent liquide redevienne sous peu un moyen d'épargne rentable. De plus, en l'absence de plan crédible pour réduire les 7 000 milliards de dollars de dette de la réserve fédérale, il est possible que la monnaie mondiale de réserve, à savoir le dollar américain, finisse par perdre toute valeur. C'est en tout cas l'argument qu’avancent les "maximalistes" du Bitcoin, qui le présentent comme une réserve capable de rivaliser avec l'or, d'où son surnom d'or numérique.

Mais tout le monde n'est pas convaincu par cet argument pour autant : il reste de nombreux acteurs de la finance traditionnelle farouchement opposés au Bitcoin et aux autres cryptomonnaies, qui prophétisent un désastre terrible pour ceux qui les détiennent. Malgré cela, le marché continuant de croître et la capitalisation boursière totale de tous les actifs numériques dépassant désormais 1 700 milliards de dollars, l'argent liquide devient peu à peu obsolète en tant que réserve de valeur. En fin de compte, c'est aux individus de décider comment épargner pour l’avenir, mais puisque le monde évolue dans une direction numérique dans presque tous les autres domaines, il n'est peut-être pas surprenant que des millions de personnes choisissent de le faire en cryptomonnaie.

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